Résilience tour 2025

Village PLOUF de Rive-de-Gier : Entre Résilience et sensibilisation

Edition 2025
Le 08 décembre 2025

Auteur : Bernard Guezo, Administrateur AFPCNT -

Le lancement officiel du village PLOUF s'est déroulé jeudi 2 octobre 2025 à Rive-de-Gier (Loire), dans le cadre du Résilience Tour 2025. Le village PLOUF était constitué de différents stands destinés à sensibiliser à la question des inondations par un ensemble d’animations locales. La journée était réservée aux scolaires.

Ce village co-organisé par Saint Etienne Métropole, l’IFFORME, et le Syndicat Mixte du Gier Rhodanien faisait une première étape avant de rejoindre la ville de Givors, située à l’aval de la vallée du Gier, à la confluence avec le fleuve Rhône.

À Givors, les inondations d'octobre 2024 ont généré bien des dommages matériels chez les particuliers et fait courir des risques humains, notamment au centre commercial des 3 Vallées fortement affecté par les débordements de la rivière. Là les dommages ont aussi été économiques. A Rive-de-Gier, les impacts furent aussi majeurs.

Village PLOUF de Rive-de-Gier : activités

Rive-de-Gier, une ville marquée par les inondations du 17 octobre 2024

Le contexte dans lequel intervient ce village n’est pas anodin. Les Ripagériens ont en effet été durement frappés un an plus tôt, le 17 octobre 2024, par une crue soudaine de la rivière Gier qui traverse leur ville.

Comme l’a souligné le maire de Rive-de-Gier, dans une lettre adressée le 30 octobre 2024 au Président de la République, cette crue dévastatrice a créée de nombreux dommages, chez les commerçants et les artisans, chez les habitants et pour beaucoup aussi sur le patrimoine municipal. Un an après, les plaies produites par l’événement ne sont pas encore complètement cicatrisées.

La venue du Résilience Tour dans ce territoire meurtri est par conséquent un acte majeur pour reconsidérer l’événement sous de multiples facettes réparatrices. Chacun à leur façon, les stands sont un lieu d’échange par la parole autour d’objets pédagogiques qui parlent de l’inondation. Ces objets permettent de remplacer les maux par des mots. Ils visent à apprivoiser l’inondation, non pour en faire une amie, mais pour limiter les blessures qu’elle a imprimées localement.

Des stands ludiques mais pas seulement qui suscitent l’intérêt des jeunes publics

Village PLOUF de Rive-de-Gier : jeu

Le jeu sérieux (ou serious game) est un type de jeu permettant de combiner une approche sérieuse d'un sujet (dans une optique de type formation, entraînement, information ou autre…) avec un aspect ludique, développé en vue de faciliter l'appropriation du sujet par les joueurs.

Dans l’esprit des jeux sérieux, les stands cherchent à combiner l’approche réfléchie d’un sujet à une dimension ludique favorable à son appropriation, surtout pour les jeunes publics. Chaque stand remporte son propre succès, trouve son public !

C’est ainsi que, parmi les nombreux stands et animations, le tapis PLOUF fait le buzz. Sur ce tapis, reproduisant au sol à large échelle les secteurs inondés de la commune, on peut marcher sur l’eau, sans risquer de se noyer. Tel enfant repérera sa maison et aussi sa relation possiblement critique à l’eau.

Une autre réussite est celle de l'atelier conçu par l’Association Ripagérienne de Recherches Historiques (ARRH42). Il reconstitue les grandes étapes d’aménagement qui ont transformé Rive-de-Gier, en lien avec la rivière. Il superpose les évolutions ressortant de cartographies successives. Au vu de la cartographie de 1840, Rive-de-Gier était alors un petit bourg situé à proximité de la rivière. En progressant dans le temps, on se rend compte alors que l'on a construit l'autoroute sur la rivière...

L’atelier ne s’arrête pas au constat. Les enfants sont invités à proposer en post-it des solutions pour remédier au problème que les adultes peinent à résoudre. L'idée émise de mettre des grosses éponges est intéressante. C'est une évocation des zones humides qui ont disparu sans que l’on ai pris conscience de leur rôle dans la prévention des inondations. Une autre proposition est de se protéger dans un château-fort… Cette représentation renvoie aux systèmes d’endiguement,dans une vision ici radicale qui est celle de voir en la rivière une ennemie. L’atelier ouvrirait à des discussions entre adultes sur ces sujets sérieux mis, à bon escient, sur la table par les enfants avec leurs mots.

Un village qui crée du lien social entre les structures animatrices

Au delà de permettre aux visiteurs de s’approprier la question de l’inondation sous différentes facettes, le village à d’autres vertus. Il permet ainsi aux animateurs d’ateliers de tisser du lien social entre eux lors des installations et des pauses. Issus de différentes collectivités, des administrations locales, des organisations ou du milieu associatif, ceux-ci échangent alors sur le sujet complexe de l’inondation. Chacun apporte aux autres son éclairage, son angle de vue et l’enrichit en retour de façons différentes de voir.

Le village aura mobilisé notamment la ville de Rive-de-Gier, Saint-Étienne Métropole, la direction départementale des territoires de la Loire, le Syndicat de Mise en valeur, d’Aménagement et de de Gestion du bassin versant du Garon, la Protection civile du Rhône, le Service Départemental-Métropolitain des sapeurs-pompiers du Rhône, l’Atelier Permanent d’initiation à l’environnement urbain (APIEU Mille feuilles).

Les échanges entre ces différentes parties prenantes permettent de se connaître et de reconnaître. Ils révèlent l’importance de connecter entre elles les actions menées. En effet, si chacune individuellement apporte sa pierre à la culture du risque, leur mise en relation leur donne du sens, du poids et donc de la crédibilité pour le grand public. Un terreau de résilience se met en place qui accompagne les autorités publiques dans leur action visant à accroître la robustesse du territoire et à réduire sa vulnérabilité.

La mobilisation des édiles locales

Village PLOUF de Rive-de-Gier : élus

Il faut effectivement souligner la mobilisation des édiles locales au cœur de cette manifestation villageoise. Leur présence au plus haut niveau témoigne de l’importance que chacune apporte aux sujets de la culture du risque et de la résilience, devenus des enjeux majeurs de société. Les maires sont là, celui de Rive-de-Gier et celui de Givors mais aussi les élus de l’Entente du bassin versant du Gier.

Dans son allocution, le maire de Rive-de-Gier est revenu sur l’événement du 17 octobre 2024 qui a gravement affecté des secteurs entiers de la vallée du Gier. L’événement dommageable précédent remontait à 2008. Le centre-ville de Rive-de-Gier avait alors été dévasté par une violente crue du Gier dans la nuit du 1er au 2 novembre.

Il a resitué le contexte de la survenue de cet événement d’octobre 2024. Les services météorologiques et d’alertes ont d’abord dû décrypté le phénomène cévenol qui se produisait. De façon inhabituelle, la crue a d'abord frappé Givors en aval avant de toucher la partie plus amont de la vallée où les précipitations ont fini par se concentrer. Après la crue, les élus de Rive-de-Gier ont fait du porte-à-porte auprès des habitants pour les écouter sur la façon dont ils avaient vécu l’événement. L’élu a mis en évidence la sensibilité du sujet des assurances. Il faut éviter la double peine des dommages et des surprimes d'assurance par exemple.

Cet événement a conduit à reconsidérer en profondeur l'aménagement de la vallée et de la ville de Rive-de-Gier en particulier. Des travaux très importants sont nécessaires pour réduire la vulnérabilité de la vallée (80 à 90 M€) mais, dans l'attente de leur réalisation qui prendra des années, il faut se préparer à d'éventuels autres événements.

L’appui de l’État

Présente aux côtés de la Préfète de la Loire, la Préfète de Région Auvergne-Rhône-Alpes a indiqué que le village PLOUF constituait la porte d'entrée du sujet des inondations pour la vallée du Gier après la crue dévastatrice du 17 octobre 2024.

La représentante de l’État a incité les collectivités à se saisir des outils mis à leur disposition pour réduire la vulnérabilité de leur territoire aux inondations. Elle a en particulier cité les programmes d’actions de prévention des inondations (PAPI). Elle a évoqué le Plan Partenariat d'Aménagement (PPA) devenu récemment un outil pour les transformations urbaines liées aux risques. D’autres outils relèvent de la gestion de crise comme les plans communaux de sauvegarde. Elle a encore souligné l'importance des exercices comme moyen d'éprouver la réactivité de la chaîne de décision. Enfin, la préfète n'a pas manqué de rappeler l'importance de la reprise d'activité après un événement.

Pour la préfète, la résilience devient un principe directeur dans l'aménagement et la gestion des territoires. La résilience ouvre sur une vision commune. Elle produit des objets concrets, accroît la prévisibilité des événements. Les aménagements résilients donnent une place à la renaturation, à l'entretien et à la maintenance des ouvrages. Il faut en particulier redonner sa place à la nature, lui rendre ses droits.

La résilience invite chacun à assumer ses responsabilités. Le discours à tenir est celui de la vérité, ne pas tout promettre mais soutenir les projets utiles, aider à mobiliser l'ingénierie, réduire l'empreinte, protéger les plus fragiles.

Village PLOUF de Rive-de-Gier : En définitive ...

Ce village PLOUF de Rive-de-Gier fut à la fois un lieu et un moment. Un lieu où l’on se retrouve un temps pour mettre en commun des savoirs, partager des expériences, découvrir les multiples façons de se cultiver sur la question des risques d’inondation, identifier des pistes pour s’en protéger.

L’événement illustre parfaitement l’importance de la coopération entre acteurs locaux et nationaux, entre collectivités, associations et institutions, pour construire une culture partagée de la prévention et de la résilience. Il montre aussi la richesse du matériau pédagogique disponible et des savoir-faire, l’importance de les adapter aux réalités locales.

Ouvrir d’abord le village aux enfants cible bien sûr cette catégorie de population mais invite aussi les adultes à aborder le sujet des risques majeurs avec le regard nécessaire de l’humilité.