Auteure : Emmanuelle Hugot - IRMa
Retour sur la demi-journée avec le Rotary Club Doyen à Grenoble

Lundi 1er décembre 2025, une trentaine de membres du Rotary Club Grenoble Doyen, autour de son président Malek BOUHAOUALA, ont fait halte à Cosmocité, à Pont-de-Claix, pour une demi-journée sur la résilience des territoires face aux risques naturels et au changement climatique.
Avec une exposition poétique et des échanges concrets, la rencontre a proposé un regard inspirant sur les défis qui touchent aujourd’hui les espaces alpins.
Cette demi-journée avec Territoires de Sciences, Cosmocité et le SYMBHI, s’inscrit dans le cadre de l’étape iséroise du Résilience Tour 2025.
Elle a offert une immersion complète, de l’imaginaire des rivières à la réalité des risques, en passant par les solutions concrètes mises en œuvre sur notre territoire.
Plonger au cœur de “Alp et le Dragon-Rivière” : quand la rivière devient un personnage

La matinée a débuté par une visite commentée de l’exposition Alp et le Dragon-Rivière, conçue pour les 4-8 ans mais riche en enseignements pour tous les âges.
On y découvre une vallée millénaire façonnée par une rivière aussi belle qu’imprévisible, métaphore du « dragon » qu’il faut apprendre à connaître plutôt qu’à redouter.
Alp, l’esprit-montagne, y raconte comment les humains ont progressivement compris la dynamique des cours d’eau et appris à cohabiter avec eux. Cette entrée en matière sensible pose parfaitement les bases : comprendre la nature pour mieux s’y adapter.
Cette exposition est toujours programmée jusqu’au 29/08/2027
Comprendre les inondations en Isère : le rôle clé du SYMBHI
Après l’exposition, place au déjeuner-débat avec une première intervention assurée par Salomé Tessanne, du SYMBHI (Syndicat Mixte des Bassins Hydrauliques de l’Isère).
Elle a présenté les outils, missions et ambitions du syndicat, en particulier à travers les Programmes d’Actions de Prévention des Inondations (PAPI) :
• surveillance et prévision,
• gestion de crise,
• intégration du risque dans l’urbanisme,
• réduction de la vulnérabilité,
• ralentissement des écoulements,
• gestion des ouvrages hydrauliques.
Mais surtout, Salomé Tessanne a insisté sur un changement de paradigme indispensable : redonner de l’espace à la rivière.
Comment ?
Par les champs d’inondation contrôlée, la reconnexion des forêts alluviales, la réouverture d’annexes fluviales ou encore l’effacement ponctuel de digues anciennes.
Ces actions visent à protéger les zones urbanisées face aux crues de référence, tout en préservant l’équilibre morphodynamique de la rivière et en valorisant l’axe vert Grenoble–Pontcharra.
L’exposé a également rappelé les enjeux sur le bassin du Drac : restauration, gestion des sédiments, confortement de digues… avec, en prime, des aménagements de loisirs permettant aux habitants de renouer avec la rivière.
Changement climatique et risques naturels sur les territoires

Le second temps du déjeuner -débat s’est déroulé autour de l’intervention de Serge Taboulot, président de l’Institut des Risques Majeurs (IRMa) et ancien ingénieur de Météo-France.
Son intervention a offert des éclairages pertinents sur les évolutions climatiques annoncées par le 6ᵉ rapport du GIEC et la TRACC (Trajectoire de réchauffement de référence pour l'adaptation au changement climatique).
Ces projections permettent désormais de traduire localement les impacts à anticiper.
Il a décrypté l’évolution des risques dans un climat en mutation :
En montagne
• hausse des crues rapides et torrentielles,
• instabilités de terrain,
• évolution des conditions nivologiques
• décalage saisonnier des crues vers l’hiver,
• étiages estivaux plus sévères.
Risques hydrologiques
• augmentation nette des inondations par ruissellement,
• contrastes plus forts entre excès d’eau et pénuries,
• sécheresses plus fréquentes, avec impacts sur agriculture, industrie, biodiversité et eau potable,
• tensions accrues sur les usages de l’eau.
Autres risques abordés :
• feux de forêts en forte expansion,
• canicules plus longues et plus intenses,
• risques « silencieux » comme le retrait-gonflement des sols argileux.
Alors plutôt que de nourrir la crainte, il a rappelé une idée essentielle : le changement climatique élargit le champ des possibles, rendant les extrêmes plus probables.
Cela peut bousculer nos modèles économiques, nos habitudes, nos aménagements. Mais l’enjeu n’est pas de céder au fatalisme : l’adaptation est à portée de main, si elle s’appuie sur la connaissance, l’anticipation et la coopération.
“Bienvenue dans un monde inconnu”, a-t-il conclu.
Un monde qui demande de la lucidité, de l’innovation… et une bonne dose de résilience.